La Villette : Une construction insolite sur le parvis

REPORTAGE

l'Aéroflorale  II devant la Grande Halle de la Villette

l’Aéroflorale II devant la Grande Halle de la Villette

Dans la nuit de mercredi à Jeudi 2 Juillet, une structure insolite s’est posée sur le parvis de la fontaine aux Lions à la Villette. Il s’agit de l’Aéroflorale II, une construction en acier tenue par cinq ballons d’hélium et conduite par des phyto-scientifiques qui parcourent le monde sans vertiges…

Si les fans de Myazaki se souviennent du château ambulant équipé de pattes de poulet, la façade de l’Aéroflorale II est bien plus impressionnante que cette locomotion imaginaire. Avec sa structure composée de bois et d’acier, ses hélices et ses cinq ballons d’hélium qui permettent d’atteindre les 1200 mètres d’altitude (lorsqu’ils atteignent 30 fois leur volume), on ne peut pas vraiment passer à côté.
D’autant que cet engin mesure 15 mètres de haut pour 4 tonnes et demi et transporte 5000 à 6000 espèces de végétaux expérimentables.
Alors pour comprendre sa visée et son fonctionnement, je suis allée à la rencontre de la compagnie La Machine ; une équipe de vingt-cinq personnes qui n’ont pas peur du vide ou de l’Etna* et rejoindront d’ailleurs l’Islande et l’Océan Arctique d’ici le 10 Juillet*…

Vêtu d’une combinaison brune, son bloc notes à la main comme le traditionnel aviateur, François Delarozière, appelé commandant F.D, dirige son équipe sur le parvis. Ils n’ont atterri que depuis quelques heures dans le XIXème mais le public et les enfants viennent tout juste d’arriver alors il faut tout mettre en place pour leur faire découvrir le projet.Un projet à but non lucratif.

Un projet colossal et futuriste.

Père de famille et pilote de ligne passionné de phyto-voltaïsme, il nous explique derrière ses lunettes noires, que l’Aéroflorale II est « une serre de jardin inspirée des serres du début du siècle construite en un an et demi mais mobile parce que les plantes font le tour du monde. ». Véritable exposition végétale digne de St Exupéry, cette machine est pour lui un moyen de transport atypique mais surtout une « manifestation écologique qui nous permet d’échanger autour de nos expériences. »

Autrement dit, un moyen d’observer l’adaptation climatologique des plantes, inoffensives ou carnivores, étudiées ici et là sur la planète, comme la laitue productrice de lait de pavot, par exemple.

Venu prélever des échantillons avec ses collègues dans le parc de la Villette il y à douze ans, le spécialiste constate que certaines d’entre elles ont développé des épines pour se protéger de la pollution mais que d’autres, après avoir étés testées s’avèrent trop fragiles pour faire le voyage entre le nord et le sud. Cependant, elles ont une propriété indéniable ; sans leur énergie commune crée par la photosynthèse, l’appareil n’est pas en mesure de décoller.

« Quand on pose une plante sur du métal, elle intègre le bloc à son métabolisme et pompe les sels minéraux. Nous, on utilise la photosynthèse et le système d’électrolyse pour charger nos batteries, faire tourner les hélices et les brumisateurs. »

Ce vaisseau floral imaginé à Nantes* a déjà fait le tour du monde, en passant par la Martinique en 2011 et Hambourg en 2013 et n’utilise aucune énergie électrique pour se déplacer, seulement de l’énergie mécanique et la force du vent. Le but étant pour lui d’étudier la biodiversité tout en s’interrogeant sur la production d’électricité du futur; l’énergie végétale qui concurrence déjà l’énergie fossile ; celle qu’on utilisera demain.
Une contrainte cependant: si la Machine avait déjà parcouru 2935 kilomètres en presque cinq ans, la vitesse de croisière ne dépasse pas (encore) les 60 km/h. Heureux de pouvoir partager ses découvertes, le commandant montre aussi ses inventions. L’équipe à mis en place plusieurs incubateurs et types d’appareils pour observer leurs compagnons verts. Une centrifugeuse, un outil pour lancer des graines dans l’espace, un testeur de climat et d’acidité de l’eau ainsi qu’un clavier qui les fait « parler » et système équipé d’une manivelle pour les isoler des ondes magnétiques.
Néanmoins s’ils ne sont pas tous exposés devant la Grande Halle, ils n’en demeurent pas moins nombreux.

La machine de Champollion permettant de retranscrire l'activité des plantes

La machine de Champollion permet de retranscrire l’activité des plantes

Jean Pierre Aubry et le commandant FD montrent ici leur incubateur

Jean Pierre Aubry et le commandant FD montrent ici l’un de leurs incubateurs

la machine à isoler des ondes. A faire tourner pendant trois minutes et pas plus!

la machine à isoler des ondes. A faire tourner pendant trois minutes et pas plus. Sinon, comme nous les plantes saturent !

Ecolos et passionnés jusqu’au bout.

Quant à leur vie à bord, elle est des plus mouvementées. Curieuse de connaître leurs contraintes et leurs appréhensions dans cette pseudo-nacelle, j’ai moi-même frôlé les hélices en grimpant à l’échelle… la villette vpuaux 2015

Vue sur le parvis de la Villette

Vue sur le parvis de la Villette

Accueillie par Emmanuel Bourgeau, le chef cuisinier de l’équipage, je me suis aperçue que le vertige n’était parfois qu’une idée reçue. Qu’il faut être passionné de botanique pour pouvoir vivre au grand air et accepter de ne pas toucher le sol pendant plusieurs mois d’affilée.

« Je suis né à bord et ça fait cinquante ans que je fais ça. Je ne sais pas ce que c’est d’avoir le vertige. En revanche, je suis très sensible à la pollution. Lorsque nous avons survolé la Chine il y avait un nuage jaune en dessous de nous. C’était très impressionnant. D’autant qu’on a tous étés malades ! Et quand on atterrit à Paris, j’ai la gorge qui brûle. »

Emmanuel Bourgeau  source photo: la machine.fr

Emmanuel Bourgeau
          source photo: la machine.fr

Une existence fatigante qui garantit la promiscuité, comme le confirme le directeur artistique* du projet car pour exercer ce travail il faut faire des concessions.

« Pour ma part j’aime diriger mes chercheurs. Ce sont des petits Einstein avec chacun leur caractère et leur spécialité. Je ne suis pas très délicat mais dis souvent pour plaisanter que j’ai des droits sur eux. C’est juste pour les structurer ! Mais il faut surtout apprécier le végétal et ne pas trop compter sur la vie de famille. Mes enfants le supportent bien mais ce n’est pas évident. Là, on revient tout juste du Soudan et de Madagascar mais notre trajet record a duré six mois. Six mois quand on s’est posés sur l’eau. Et en plus on ne dort que quatre heures par nuit. »

Néanmoins et contrairement aux idées reçues, les courants ne sont pas très forts. Par conséquent, pas de secousses trop brutales durant les missions.

« Il n’y à pas vraiment de dangers hormis la chute. Ah, si, sauf quand on est la proie d’un aigle. Les oiseaux se coincent dans les hélices alors quand on en a marre des légumes ou de la pêche, on les mange. », il ajoute en plaisantant.

Mais parmi leurs autres projets, inspirés de la nature et de la morphologie de certains animaux, on cite Le Crocodile du Nil et autres œuvres rétros, l’Aéroflorale II est pour le concepteur, la création la plus aboutie. Très en avance sur d’autres chercheurs, pour lui l’idée n’est pas, la encore de se déplacer en tirant les ficelles d’une montgolfière mais de produire une autre énergie, tout en tirant profit des légumes.
Par la suite et si possible, le projet pourrait concurrencer l’A386, un colosse de 180 tonnes, avec une utilisation manuelle et plus écologique.

Alors comment ne pas s’intéresser à cette équipe prometteuse de scientifiques, électriciens, sculpteurs et bricoleurs et leur collection* de végétaux du monde entier ?
Si vous ne saviez pas que les platanes pouvaient alimenter une maison et que la flore pouvait chanter*, c’est l’occasion. Elles ne crieront pas comme des mandragores mais dépêchez vous car le compte à rebours pour le décollage a déjà commencé !

le commandant FD avec Frédette

Le commandant FD et Frédette Lampre se préparant à accueillir le public

la villette valentine puaux
Tout en haut de l'Aéroflorale II. Il faut passer par une passerelle pour atteindre cet endroit.

Tout en haut de l’Aéroflorale II. Il faut passer par une passerelle pour atteindre cet endroit.

* La Machine s’est déjà posée près de l’Etna.
*Pour la mission Grand Nord.
* Le Commandant F.D *
Plus d’infos sur l’équipe et sur la construction sur http://www.lamachine.fr/
* Ils ont expérimenté 8700 espèces environ jusqu’à présent.
* Du moins émettre des sons.

                                                           Valentine Puaux

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