Flesh and Bone: Un pervers narcissique dans le scénario

 

Titanic Blood And Steel 2012

Sarah Hay, image officielle

Ancienne productrice de Breaking Bad, l’américaine Moira Walley-Beckett propose une nouvelle série sur la danse… aux côtés de professionnels de la discipline. Flesh and Bone relate le quotidien d’une ballerine entrée à l’American Ballet Company, menée par Paul Grayson, un directeur artistique tyrannique et narcissique, incarné par Ben Daniels. Des traits de caractère que l’on retrouve chez les grands chorégraphes du vingtième siècle… 

Le projet de Moira Walley-Beckett a tout pour plaire aux fans et aux spécialistes de la danse classique, d’autant qu’il met en lumière deux icônes de l’Americain Ballet Theatre ; Irina Dvorovenko, titrée première danseuse et son égal, Sasha Radetsky, dans les coulisses infernales du milieu. Et bien que Flesh and Bone soit quelque peu copiée sur Black Swann, le thriller psychologique de Darren Aronofsky, la série explore de nombreuses facettes des personnages. Homme ou femme, chacun est prêt à tout pour briller, même au prix d’une anorexie saillante et des membres en sang.

Principalement axée sur la réussite d’une danseuse, la réalisatrice a pourtant choisi d’étudier la danse au travers d’un personnage clé dans la troupe américaine. Celle qui dirige et conçoit les ballets de façon méthodique mais perverse et tyrannique. Autrement dit, le directeur artistique de la compagnie, nommé Paul Grayson. La quarantaine, misogyne et de corpulence maigre, l’homme aux yeux de lynx prend plaisir à harceler psychologiquement les nouvelles recrues en proie au stress. Ainsi, avec ce caractère difficile à vivre et à cerner, le mental des élèves est mis à rude épreuve.

D’autre part, son caractère atypique permet d’illustrer la figure type du chorégraphe torturé de l’intérieur. Son exigence, sa bipolarité et son narcissisme entrent donc dans l’ère du temps, à l’image de ceux qui ont écrit l’Histoire de la discipline. En effet et dès le premier épisode des auditions, Paul Grayson apparaît aussi prétentieux que Maurice Béjart et aussi audacieux que Rudolf Noureev dans ses exercices d’échauffement à la barre. Plus tard, on le découvre inspiré par Georges Balanchine. L’homme à l’origine de la création de Rubis, un ballet romantique.

La faiblesse de l’amour

Critiqués au début du XXème siècle pour leur sexualité libérée et surtout dans l’ancienne URSS*, bon nombre de danseurs ont été évincés du milieu, laissant la scène à des personnages excentriques, tels que Rudolf Noureev du Kirov, par exemple. « Dans sa sexualité comme ailleurs, Rudolf aura su épouser son époque, et se faire épouser par elle », écrira Ariane Dolfus, journaliste de France-Soir dans Noureev, l’insoumis, ouvrage paru en 2007.

Attiré par les hommes comme par les femmes audacieuses, Paul Grayson, présente une dualité. Il est tantôt  misogyne et critique, tantôt taquin et mielleux avec ceux et celles qu’il veut porter en haut des marches, en pas de deux. Et souvent à la recherche d’un double masculin, comme pour combler la perte de son grand amour. Se comportant donc comme un chasseur en quête de sa muse, Grayson se place dans la lignée de Noureev, éperdu d’Erik Bruhn, issu du ballet Royal du Danemark. On retrouve également cette faiblesse chez le créateur de Boléro, Maurice Béjart.
Il dira : «  Mon grand amour a été Jorge Donn. C’était un amour extraordinaire, il me manque, il est irremplaçable » dans le film Ballet for Life.

Pourtant, Paul Grayson inspire le doute car l’équilibre est juste sur la balance. Volage et insoumis, il fait souffrir les autres mais n’en montre jamais rien. Par ailleurs, il n’aime que lui même et se comporte comme un vers solitaire au cœur d’une pomme.

Le succès à tout prix

« Je suis ton père, je suis ta sœur, je suis ton frère, je suis ton curé. Mais pas ta mère. Parce qu’elle t’aimerai toujours même si tu échoues. » dira-t-il à l’une de ses élèves.

Aussi, s’il a monté seul son entreprise, ce soldat en chaussons cache quelques faiblesses. Malgré la fierté, certains objectifs doivent être atteints pour défier la concurrence. Peu importe si la troupe est anorexique et pleure pour un ongle incarné, tous doivent être prêts à souffrir pour le bien du spectacle. « La danse dans son accomplissement nécessite un don de soi total », expliquera le franco-albanais, Angelin Preljocaj, dans une interview au Journal du Centre, en octobre 2015.

Et si Paul Grayson fanfaronne et demande l’impossible, il est psychologiquement instable. Ne dort pas la nuit, craint la solitude, exige à boire et des cigarettes à toute heure pour apaiser sa rage… qui ne se dissipe qu’après l’audience d’une grande première. Un peu comme une sorte d’insatisfaction chronique, caprice d’un jour nouveau pour pouvoir briller après les 200 ballets de Roland Petit et les arabesques académiques exécutées par Benjamin Millepied*.

Bien sur, Paul n’a jamais existé. Et pourtant, Flesh and Bone nous donne l’impression de l’avoir rencontré. Alors on est partagé entre l’envie de l’applaudir ou de le haïr.

  • La télévision soviétique organise son premier débat sur l’homosexualité en 1989
  • Danseur a l ABT en 1993

https://prezi.com/_nmbzuh7vnt-/les-grands-choregraphes-du-xxeme-siecle-valentine-puaux/

danse

Explications avec la réalisatrice

 

Valentine Puaux

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