Caroline Vigneaux quitte la robe mais porte le succès

 

_GRI3191

S. Gripoix

 

Après une longue tournée de son spectacle  Caroline Vigneaux quitte la robe, au Palais des Glaces, l’exubérante nantaise passée au Marrakech du Rire et au Festival de Montreux revient sur les étapes de son parcours atypique et la conception de son one-man show. Caroline Vigneaux est en effet une avocate reconvertie en humoriste.

« T’inquiète, tu peux t’asseoir là. », vous invite Caroline Vigneaux dans sa loge, sans politesses exagérées. Elle a quitté la jupe noire et les escarpins, porte un jean et des baskets et a conservé la même attitude que sur scène. Alors qui imite t-elle ? Tout simplement elle-même.
A première vue, si Caroline Vigneaux aime provoquer son public avec un certain « mordant » qui pourrait renforcer le caractère de son personnage, ses réflexions taquines ne font pas seulement partie du spectacle mais aussi de son quotidien. Pas d’incohérence dans ses propos, ou de fausse timidité une fois dans l’ombre car son ton détaché fait partie d’elle même. Une aisance sans laquelle cette ancienne avocate n’aurait peut-être pas percé sur la scène française.

En tournée depuis 2010 en France, Caroline Vigneaux n’avait pourtant rien d’une humoriste au départ. Ni la formation, ni la gestuelle, ni même la matière pour décrire des situations caustiques. Si ses expressions légères suscitent un fou rire et créent la surprise auprès des spectateurs, les moments qu’elle partage sont issus d’un passé plus sinistre.

Dans Caroline Vigneaux quitte la robe, la jeune femme laisse transparaitre un premier face à face prématuré avec le monde carcéral. Amusée mais encore surprise par l’évolution de son parcours, elle explique avoir conservé des images glaçantes en tête.

« J’étais une jeune avocate fraichement moulue, que veux-tu ! Je rencontrais une meurtrière qui avait tué son mari et qui me regardait comme ça avec ses gros yeux. Et j’effectuais mon premier stage en prison ! Les cours de droit ne m’y avaient pas du tout préparée ! Sans compter ceux qui n’avaient pas vu de femmes depuis longtemps. »

Petit à petit, elle a fait de ces difficultés des anecdotes par le biais desquelles elle critique ses « clients d’office », se questionne sur des meurtres aux raisons incongrues, ou mentionne des péripéties gênantes en compagnie du « prince crapaud » en discothèque. Et oui, pourquoi ne pas choisir le rire, exagérer les mimiques et choisir des clichés, plutôt que de garder le souvenir d’une carrière inachevée dans un monde rigide ? Interrogée à plusieurs reprises par divers médias à propos de sa reconversion insolite, Caroline Vigneaux conserve le même discours : celui d’une incomprise qui ne pouvait pas tenir sa langue : « On me disait toujours oh tu fais trop de bruit ! ». Néanmoins, il ne s’agit pas d’une vengeance refoulée envers le monde de la justice. C’est plutôt la découverte de ressources insoupçonnées .

« Contrairement à ce que la pièce raconte, j’aimais mon poste mais il ne me correspondait pas. Etre comédienne, je n’y pensais pas dans ce milieu. La légèreté ça n’existe pas. La révélation s’est faite bien après ! Lorsque je tenais la main de mon grand-père à l’hôpital et que je me suis dit qu’il fallait que je m’amuse, que je fasse quelque chose de mémorable dans ma vie. »

 Ainsi, après avoir passé plusieurs années en compagnie de doctorants, l’esprit du théâtre s’est échappé de la lampe. Rebelle, espiègle et audacieuse depuis l’enfance, Caroline Vigneaux a toujours aimé la confrontation ; avec sa famille, les hommes et même avec ses supérieurs hiérarchiques jaloux des nouvelles recrues. Habile dans le discours, elle enchaine les passages et les propos grâce à des connexions fluides et cela sans jamais quitter l’assistance du regard. Mais dans l’ombre, la plume bute encore sur les paragraphes : l’intermittente avouera retoucher encore le texte. Il doit rester dynamique et vivant. « Pendant tout ce temps je n’ai pas arrêté une minute et je le travaille encore. En ajoutant des choses, en me filmant et en faisant de l’impro. C’est ce que je préfère ! »

Une fois lancée dans la narration, on ne peut l’arrêter. Lorsque l’histoire d’une diplômée timide et moquée laisse place à la femme d’affaires qui ne courbe plus l’échine, le récit suit son cours et plus moyen de faire marche arrière. On plaint ses malheurs, sa jeunesse emprisonnée dans un col claudine et un serre tête en velours à la messe, tout en se délectant de sa technique d’auto-défense de femme libérée. S’étonnant des répliques qu’elle s’autorise devant le conjoint romantique et aux oreilles du « beauf de service», en slam ou par des métaphore : « Analysons nos ébats à la manière d’un match de foot, rembobinons la cassette et voyons la ta-que-ti-que », suivie d’une exclamation « le sursis, en gros ça veut dire que le premier essai est gratuit ».
Subtile ou vulgaire, il faudra des deux qualificatifs pour faire un mélange réaliste, nous fait de la sorte comprendre celle qui a rangé la robe noire et la bavette. Se forcer à être timide ne fait d’ailleurs pas partie de ses cordes. « J’ai essayé hein ! », se défend elle. « J’avais une copine très timide avec les hommes. Elle ne parlait jamais à table. Je trouvais ça sexy, j’avais envie de l’imiter. Mais c’était de la fausse timidité. J’ai tenu trois jours ! ». Et puis « je ne me suis jamais laissée faire ! ». La blonde pétillante a donc suivi ses objectifs. Elle s’était même essayée aux cours Florent pendant un an mais sans suite. «  Ça n’était pas fait pour moi. Je n’ai même pas de diplôme ! Je voulais faire du stand-up ! »

 Boute en train irritante et attachante, Caroline Vigneaux assume sa reconversion tel un caméléon qui s’adapte à son environnement avec beaucoup d’auto-dérision. Elle fait aujourd’hui partie de divers festivals :  le Marrakech du rire (présenté par Jamel Debbouzze)  en 2014 , ou encore le festival du rire de de Montreux ( le 25ème, elle l’ouvrait, aux côtés de Jérémy Ferrari).  

En humour il faut convaincre comme dans une plaidoirie. », déclare-elle. Aujourd’hui, les français semblent l’avoir bien jugée.

 

Valentine Puaux

 

 

 

 

Advertisements

Si ça vous plait, vous pouvez commenter. Renseignez un mail ou un nom pour que je puisse vous faire un retour. Merci de votre visite !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s