Décryptage Pop Culture : Le Cosplay, costume ou déguisement ?

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Le cosplay, venant du terme cos et play signifie, a proprement parler « interpréter son costume », soit «  jouer son personnage » lors de grands rassemblements dédiés aux fans de costumes et de pop culture ( BD, manga cinéma, jeux-vidéos), dans le monde. Une passion qui permet d’échanger sur la culture tout comme de donner vie à un personnage fictif. Mais quelle est la différence entre le déguisement et le cosplay ? Voyage dans l’univers de trois français adeptes de l’imitation et de l’accessoire.

Incarner.

Le ridicule ne tue pas, pourraient s’exclamer les Trekkies, premiers fans des épisodes de Star Wars. En effet, si l’art du Cosplay a pris source il y à 40 ans aux Etats-Unis, on ne compte plus le nombre de tenues insolites portées dans la rue de nos jours. A commencer par les costumes effrayants, calqués sur le look des personnages terrifiants de notre enfance. Place de la Bastille à Paris, par exemple, un jeune homme salue les passants d’un air menaçant. « Hello ladies and gentleman, good evening », « Why are you so serious ? », s’amuse t-il a répéter. Avec son teint blafard, son sourire d’ange et sa veste souillée de (faux) sang, on reconnaît le personnage du Joker entre milles.

Tom 24 ans, comédien de profession, nourrit une fascination profonde pour l’ennemi juré de Batman. « Le Joker est un personnage psychologiquement fascinant qui fait partie de mon enfance. Il est mauvais, sarcastique. J’adore. Je connais toutes les adaptations de ce personnage. », déclare t-il avant de déclencher le fameux rire sardonique via son IPhone. Pour lui, être cosplayer ce n’est pas seulement prendre l’apparence de son personnage, c’est aussi reproduire ses mimiques. Un déguisement qui « colle à la peau » et requiert « une incarnation » pour être parfait.

« Le cosplay est soit une carapace pour t’enfermer et laisser le rôle sortir, soit une forme d’extériorisation. Il doit donc faire partie de toi, ou de quelque chose que tu as fait. » L’illusion est réussie. On se croirait dans Gotham City.

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Tom avec son pistolet factice

Personnaliser.

A Vincennes, Alice 21 ans, étudiante en Physique, évolue dans un tout autre monde ; l’univers macabre et coloré de Tim Burton. Dans sa chambre où s’entassent des accessoires vintage et une machine à coudre, elle nous explique son fanatisme pour le film Alice au pays des merveilles (2010). Il lui a donné l’envie d’incarner Mirana la Reine blanche, la sœur de la reine rouge.

« C’est un personnage ni bon ni mauvais. Malin.  Foufou. Qui aime la nature. Elle répète souvent que ses arbres ont l’air tristes. Si on leur a parlé ce matin, etc… Je suis comme ça aussi. Enfin, je ne parle pas aux arbres, mais je suis une personne soucieuse ! » plaisante t-elle.

Passée l’étape du maquillage et le brushing de sa perruque blonde, l’étudiante enthousiaste laisse place aux facettes de son personnage : une figure timide et poétique vêtue d’une robe corset, tenant un médaillon dans sa paume. Si le résultat est quasi-identique à la tenue de l’actrice Anne Hathaway, la cosplayeuse n’utilise aucun trucage. Elle ne doit cette réussite qu’à sa patience et à son investissement sérieux. Contrairement au déguisement jugé « plus enfantin, éphémère et sans âme », le cosplay requiert originalité et minutie.

« On consacre du temps et de l’argent à ce costume. On cherche à être original. Tout ce que je porte vient de mes achats de voyage, de mes petites friperies ou des étalages de brocante. » Rien de tel qu’une confection artisanale pour briller dans les conventions parisiennes et lors de soirées à thème.

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Crédit : Pascal Chéron

Fabriquer.

Très fier de son costume, Jérémy, 27 ans, cinéphile et policier municipal de profession dans le Finistère, nous parle d’Arrow. Un héros justicier dont il suit épisodes 2012, qu’il a même présenté à la Comic Con de Paris en 2015. Pour cela, il en a fabriqué la tenue de toutes pièces.

« Je ne vais pas trop dans les magasins de costume, j’ai préféré demander de l’aide à mes grands parce que je suis une buse en couture. », explique-il. « Mais j’ai créé ma parure seule. Elle a nécessité environ cinquante heures en deux ou trois mois et près de 300 euros d’investissement. »

Très engagé, ce breton a même confectionné les accessoires de son archet préféré. « On n’avait pas le droit de présenter des objets métalliques alors j’ai du me débrouiller. » S’il a investi dans le Worbla, une matière malléable et thermo-chauffante et facile à sculpter, il a aussi réalisé des flèches en bois. « C’est un personnage droit dans ses bottes qui veut se venger de ceux qui lui ont fait du mal. Il a donc besoin d’une arme pour combattre ses ennemis. Alors j’ai pris des tiges en bois à Castorama et j’ai commencé à tailler des plumes en pliant du papier. Avec des agrafes et quelques franges en cuir, le tour était joué ! Sinon, l’arc vient d’un magasin de compétition. Et j’ai mes rangers du boulot ».

Alors pourquoi tant de peine pour une si courte exhibition ? Pour être admiré répond le cosplayeur. « Quand on s’expose et qu’on joue le jeu, les gamins ont des étoiles dans les yeux. Ils sont contemplatifs. On est proche de la réalité et ils ont l’impression d’être nez à nez avec leurs héros favori. A force de prendre ces apparences et ces postures, d’effacer ses émotions et de se mettre dans une bulle, on finit par y croire aussi. »

Mieux encore, Jérémy avait préparé une mise en scène. Son meilleur ami l’accompagnait dans cette convention. « Il s’est costumé en Deathstroke. Ce jour là, nous avons simulé un duel entre nos deux personnages. Les gens ont adoré. On m’a pris cent fois en photo ! Deux ennemis qui s’affrontent c’est aussi symbolique que le couple Batman-Joker. En tout cas, le retour du public est un baume au cœur. »

L’an prochain, c’est sur, Jérémy aura changé d’identité. Il travaille actuellement sa morphologie pour représenter Flash. Mais Arrow qui habite encore son esprit, lui cèdera-il sa place ? 

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crédit : un jour dans le temps

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Incarner, Personnaliser, Fabriquer, tant de facettes qui montrent qu’il ne faut pas prendre le cosplay à la légère. Objet de tous les regards et même de compétitions dans le monde, cet art de se costumer pourrait aujourd’hui se classer parmi les plus belles prestations de mimétisme. Interrogés sur la façon d’être perçus par la foule, Jérémy, Alice et Tom ont aujourd’hui une impression commune : si leur ville manque de couleur, les gens s’étonnent toujours de leurs créations. Ils sont curieux, avenants et respectent leur passion. En attendant les prochains rassemblements à la croisée de la mode et de la science fiction, d’autres s’inspirent en silence.

http://www.japan-expo-paris.com/fr/

https://www.comic-con-paris.com/

Valentine Puaux et Sabrina Alves

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